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Allocution de M. Khémaies Jhinaoui, à l’occasion de la célébration de la Journée des Nations Unies

Allocution de M. Khémaies Jhinaoui, Ministre des Affaires Etrangères

À l'ouverture du Séminaire de l’Association Tunisienne des Nations Unies, à l’occasion de la célébration de la Journée des Nations Unies

 

Faculté des Sciences juridiques, Politiques et Sociales de Tunis,

Mme la Doyenne de la Faculté des Sciences juridiques, Politiques et Sociales de Tunis,

Mme. la Présidente de l’Association tunisienne des Nations Unies,

M. le Directeur du Laboratoire de Recherche DIERME,

M. le Coordonnateur Résident des Nations Unies à Tunis,

Chers Professeurs, Etudiants et membres de l’Association tunisienne des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs.

Permettez-moi, tout d’abord, d’exprimer mes vifs remerciements à Mme Faiza Kefi, Présidente de l’Association Tunisienne des Nations Unies, et à toute l’équipe de cette prestigieuse Association, pour leur aimable invitation, et de vous dire tout l’honneur qui m’échoit d'être de nouveau parmi vous à l’occasion de la célébration de la Journée des Nations Unies.

Je me réjouis sincèrement de pouvoir interagir avec vous toutes et tous dans le cadre de ce séminaire. C’est, pour moi, une nouvelle opportunité pour réaffirmer l’ouverture du Ministère des Affaires Etrangères sur les milieux académiques et la société civile au service de la diplomatie tunisienne et de l'intérêt national de notre pays.

Qu’il me soit aussi permis de saluer la décision de l’Association tunisienne des Nations Unies de dédier la célébration de la Journée des Nations Unies cette année à la mémoire du fondateur de l’Association, Feu Mongi Slim, figure emblématique de la diplomatie tunisienne contemporaine et de l’Organisation des Nations Unies, dont il a présidé avec brio la 16èmesession de l’Assemblée Générale en 1961-1962.

Je voudrais, à cette occasion remercier également, M. Diego Zorrilla, Coordonnateur Résident des Nations Unies à Tunis, présent parmi nous aujourd’hui, pour son aimable geste de donner le nom du Feu Mongi Slim à l’une des salles de « La Maison Bleue », nouveau siège de l’ONU à Tunis.

Mesdames et Messieurs,

La Journée des Nations Unies, qui marque l'entrée en vigueur de la Charte des Nations Unies le 24 octobre 1945, est une occasion pour les Gouvernements et les peuples du monde entier, de réaffirmer leur attachement aux buts et principes de cette organisation, créée pour renforcer les fondements de la paix et de la sécurité internationales, garantir la promotion et la protection des droits de l’homme, et pour consacrer le droit de tous les peuples à un développement juste et durable.

Au fil de ses 74 ans d’existence, l’ONU compte à son actif plusieurs acquis en matière de résolution des conflits, de rétablissement et de maintien de la paix, de désarmement et de non-prolifération, de lutte contre le terrorisme, de consolidation des droits de l’Homme, de promotion de la démocratie et du développement et de lutte contre la pauvreté. Grâce à la contribution remarquable des programmes et institutions spécialisées de l’ONU, la pauvreté dans le monde a été réduite de moitié durant les quinze dernières années, les conditions et la qualité de vie se sont sensiblement améliorées aux quatre coins du monde. Les réalisations des Nations Unies ont été confortées, ces dernières années, par l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030 dont la concrétisation constitue un engagement commun de toutes les nations.

Nous sommes bien conscients des succès et des progrès accomplis par l'ONU depuis sa création. Nous ne devons, toutefois, pas sous-estimer les défis et les difficultés auxquels font face l’organisation et la communauté internationale. La situation difficile qui prévaut aujourd’hui et qui entache l’image des Nations Unies dans le monde, se manifeste essentiellement par :

- la multitude des conflits, récents et anciens, notamment dans les régions arabe africaine,

- la montée du terrorisme, qui représente une menace pour tous les pays sans exception aucune,

- les répercussions du changement climatique sur la paix et la sécurité internationales, voire sur l’existence même de certains peuples,

- le creusement des inégalités entre les nations et au sein des sociétés sur les plans économique, social, technologique et scientifique, et

- la crise que traverse le multilatéralisme, colonne vertébrale de l’Organisation des Nations Unies. La tendance de certains pays à l’unilatéralisme pour « régler » certaines questions internationales selon leurs propres visions et priorités en bafouant la légalité internationale constitue le défi majeur auquel sont confrontées la communauté internationale et les Nations Unies. L’unilatéralisme ne peut qu’accentuer les tensions et approfondir les crises, même si certains se plaisent à croire ou à faire croire qu’il pourrait apporter un semblant de solution. Il est évident que le plus important c’est de parvenir à des solutions durables et acceptées par toutes les parties concernées.

Dans un contexte régional et international complexe, la Tunisie, qui demeure attachée à la légalité internationale et au respect du droit international, est fermement convaincue que les Nations Unies sont le meilleur outil à la disposition de la communauté internationale pour faire face aux conflits, à leurs causes profondes et trouver des solutions politiques et pacifiques. Comme l’a bien souligné l’ancien Secrétaire général Dag Hammarskjöld, et je cite : « Les Nations Unies sont un instrument imparfait mais indispensable pour que les nations travaillent pacifiquement pour un monde plus juste et plus sûr».

La Tunisie est profondément convaincue du rôle fondamental des Nations Unies, en tant que plateforme incontournable d’action collective, de coopération et de concertation. Elle a toujours soutenu l’ONU et porté l’étendard du multilatéralisme et s’est attachée inlassablement à promouvoir le dialogue et la solidarité entre les nations. Notre pays s’est par ailleurs engagé, depuis son indépendance, en faveur de l’action collective à travers la participation aux Opérations de maintien de la paix des Nations Unies, la contribution à l’élaboration du dispositif normatif multilatéral, outre une participation active au sein des différentes instances de l’ONU.

Mesdames et Messieurs,

La célébration de cette journée intervient alors que notre pays s’apprête à occuper un siège comme membre non-permanent du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour la période 2020–2021, pour la 4ème fois de son histoire. Nous nous réjouissons de cette adhésion et nous sommes persuadés que notre pays, de par sa vision, les orientations et principes qui marquent sa politique étrangère saura apporter une contribution concrète aux efforts de rétablissement de la paix et de la sécurité internationales.

Notre pays saisira cette occasion pour réaffirmer encore une fois son attachement au multilatéralisme face aux tendances unilatérales devenues de plus en plus manifestes sur la scène internationale. Notre foi dans le multilatéralisme implique de promouvoir et de renforcer le respect du droit international, car toute remise en cause des engagements qui lient les membres de la communauté internationale risque d’ébranler l’édifice même des Nations Unies et des idéaux autour desquels l’Organisation a été établie.

Dans cet esprit et en tenant compte de ses intérêts, la Tunisie s’est fixée des priorités pour son mandat au Conseil de sécurité comme la promotion du rôle du Conseil dans la prévention des conflits et la diplomatie préventive. Nous appellerons, au sein de ce directoire mondial, à agir avant le déclenchement des conflits à travers le traitement de leurs causes sous-jacentes, car nous estimons que le Conseil de Sécurité devra évoluer d’un organe qui réagit au déclenchement des conflits vers une instance qui prévient les conflits.

La Tunisie s’est également fixée comme priorité le renforcement de la vocation du Conseil de sécurité en matière de règlement pacifique des différends, en cas de conflit déclaré, en coordination avec les organisations régionales, qui, comme le prévoit la Charte des Nations Unies, doivent apporter leur assistance à cet égard.

Mais comment peut-on parler de prévention, de résolution et de règlement pacifique des conflits sans promouvoir le rôle des femmes et des jeunes dans les processus de paix, eu égard à la contribution remarquable que peuvent apporter ces deux forces vives à ce sujet.

La consolidation de l’efficacité du rôle du Conseil de sécurité dans la lutte contre le terrorisme constitue une autre priorité sur laquelle la Tunisie travaillera durant son prochain mandat au Conseil. Dans ce cadre, il importe de noter que la Tunisie présidera le Comité contre le terrorisme ; organe subsidiaire du Conseil de sécurité.

Par ailleurs, le renforcement de l’efficience des opérations de paix des Nations Unies, à travers la mise à leur disposition des moyens adéquats et en les dotant de mandats réalisables est un impératif qui méritera toute notre attention. C’est la raison pour laquelle la Tunisie présidera le Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix, ainsi que le Comité des sanctions sur la Guinée Bissau ; deux autres organes subsidiaires du Conseil de sécurité.

Enfin, le monde meilleur que nous souhaitons tous ne sera réalisé qu’à travers la promotion de la coopération au service du développement, en tant qu’outil de prévention de conflits et de rétablissement de la paix, un autre aspect sur lequel nous insisterons pendant notre mandat au Conseil.

Ces priorités que je viens de développer ne doivent point cacher le fait que la résolution de la crise en Libye est à la tête de nos priorités. Il s’agit là d’une question stratégique voire vitale pour la Tunisie qui n’a épargné et n’épargnera aucun effort en vue d’une solution politique consensuelle dans ce pays frère.

Avant de conclure, je voudrais souligner que nos priorités au Conseil de sécurité sont la réaffirmation de l’engagement de la Tunisie en faveur de l’Organisation des Nations Unies et de l’ensemble de son système. La complexité et la diversité des défis qui se dressent devant l’humanité appellent à la conjugaison des efforts et montrent qu’il n’existe aucune alternative à l’action collective. Nous agirons dans l’enceinte du Conseil en vue de démontrer que l’instauration d’une paix durable ne saurait se réaliser en dehors d’un système multilatéral renforcé et fédérateur, ayant pour cadre les Nations unies, organisation dont la vocation universelle est de nature à promouvoir la concertation et le consensus en vue de la pérennisation de la paix.

J’ose espérer que dans un an, lors de la célébration de son 75ème anniversaire, l’Organisation des Nations Unies aura réalisé, avec le concours de la communauté internationale des percées pour un monde plus stable, plus sûr et plus juste.


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